Paysan dans  l'âme et en ayant exercé le métier - qui le passionna, lui fut une raison de vivre égale avec celle de la peinture à diverses périodes de sa vie - Serge ne pouvait donc qu'être l'observateur attentif qu'il a été au jeu de la répartition du sauvage et du cultivé dans sa vision sensible du paysage; en particulier et le plus longtemps sous la lumière révélatrice du ciel de Haute-Provence puisque, sans jamais cesser de peindre, il y vécut avec bonheur soixante-quatre années d'affilée.

Aussi, une fois installé à Montjustin, en 47, chaque mois de juillet, il ne manquait surtout pas de monter plusieurs fois jusqu'au village perché de Vachères pour y admirer, alors de là en vue plongeante plus qu'en simple contrebas, l'alternance des ors variés des céréales plus ou moins mûres avec la gamme de bleus des lavandes et des lavandins, eux à des stades de floraison différents selon les espèces et les variétés. Tout cela réparti sur un vaste panorama en premier plan des monts de Lure eux-mêmes en contreforts du massif des Alpes comme on peut déjà s'en faire une petite idée avec la photo ci-dessous.

Paysage de Vachères

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La couleur y étant précautionneusement conduite diminuendo en intensité et même progressivement changeante en descendant vers l'horizon, les larges brosses caressent le ciel tout d'abord, tout entier, et puis les grandes collines animales, sur le dos. Collines au pied desquelles s'organise et s'étale ensuite, à ras-bord du sauvage, le puzzle-patchwork multicolore des champs en culture. Les détails, eux, ne feront qu'en tout dernier ressort les minutieux délices de ses nombreux petits pinceaux. Alors, à ce moment-là, tout le cultivé se pare peu à peu, s'habille, bien à la manière de « ses Paysages d'Arlequin » - le mot est du poète Axel Toursky et il est juste. Ne dit-on pas, en effet, une pièce de tissu ou d'étoffe comme on dit pareillement, de façon tout aussi courante et imagée, une pièce de terre ?

IMG_4154Détail du Quatre saisons reproduit ci-dessous.

Peintre-paysan en ce sens aussi, tout autant que grand couturier - mais, pour ce dernier, ici strictement en son métier d'artiste - il coud ses champs les uns aux autres, c'est le cas de le dire, de main de maître. La couture est faite au petit point : arbustes, arbrisseaux, chemins, ruisseaux, touffes d'herbes, sont en eux-mêmes « de belles trouvailles toutes faites » puisqu'ils font - chacun ou à plusieurs - trait d'union entre la couleur et l'espace en enfermant les parcelles dans leur unité.

IMG_4148L'un des quatre Quatre saisons.

Cadastrant la terre, ils ajoutent souvent à l'infini des ciels tandis que grâce à eux, à leur présence significative, le paysage se civilise. Ciels sous lesquels, en retour, les couleurs, au sol, peuvent chanter d'autant plus haut, d'autant plus fort, qu'ils sont alors souvent très volontairement peints vastes et sereins, profondément lumineux et, de plus, laissés vierges - serait-il blanc - de tout nuage. La vie des hommes, celles de la terre et du ciel, se trouvant là, au bout du compte, toutes les trois unies, communiant en un parfait accord, en symbiose. Très musical au fond, l'art de les peindre atteignant, lui, à son maximum au lieu de se cantonner - donc de se limiter - à rendre visible, comme chez les abstraits de tout poil - même les plus habiles - des spéculations "par nature" toujours trop sèchement intellectuelles, théoriques ou vaniteusement professorales qui, selon les mots mêmes de Giono dans sa préface aux Vraies richesses« dépouillent l'univers de son manteau sacré ». Ce qui est grave tout de même.

 

Le nouveau spectacle d'André Neyton "Moi, Gaston Dominici, assassin par défautsera créé le vendredi 11 mars à 20h45 à l'Espace Comedia à Toulon et joué samedi 12 mars et vendredi 18 mars à 20h45 ainsi que dimanche 20 mars à 16h.
Réservations : 04 94 42 71 01 et www.espacecomedia.com
 
La pièce ne cherche pas à refaire le procès ou à prendre parti pour ou contre la culpabilité de l'accusé, mais elle porte un regard sur un homme et sur ce qui peut en faire un bouc émissaire. Ce vieux paysan façonné par des codes étrangers au monde judiciaire, pouvait-il échapper au poids des préjugés, alors que l'on s'interroge encore aujourd'hui sur l'identité du vrai coupable ?
 

Merci d'avance !
Bien cordialement,

Delphine VIDAL
Espace Comedia / CDO
04 94 36 19 16
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