Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence. Un peintre c'est quelqu'un qui nous envoie sans arrêt des photographies du monde. Beaucoup d'images, trop d'images pour les serrer toutes dans un portefeuille et les sortir de temps en temps : voici le monde comme il bat dans le cœur d'un inconnu. Voici le cœur d'un inconnu comme il bat dans mon cœur. Bonnard est mort en 1947. Sa dernière note dans son dernier carnet disait ceci : « J'espère que ma peinture tiendra sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l'an 2.000 avec des ailes de papillon. » Sa dernière peinture était celle d'un amandier en fleur. Un dernier souffle, un ultime effort : allez, tout donner une dernière fois, tout fleurir d'un seul coup, partir sans regret, sans rien laisser au fond de soi. Il y a deux attitudes possibles devant la mort. Ce sont les mêmes attitudes que devant la vie. On peut les fuir dans une carrière, une pensée, des projets. Et on peut laisser faire - favoriser leur venue, célébrer leur passage. La mort dont nous ne savons rien posera sa main sur notre épaule dans le secret d'une chambre ou elle nous giflera dans la lumière du monde - c'est selon. Le mieux que nous puissions faire en attendant ce jour est de lui rendre la tâche légère : qu'elle n'ait presque rien à prendre parce que nous aurions déjà presque tout donné. Qu'elle n'ait à tenir entre ses doigts que quelques fleurs d'amandier. C'est beau un amandier en fleur dans les yeux d'un agonisant, dans le cœur d'un agonisant. C'est presque aussi beau qu'un grand arbre....

C'est de Christian Bobin dans L'inespérée.

Pour Serge, la dernière, l'ultime toile, fut, restée inachevée, un simplissime petit paysage de neige sous une trouée de ciel bleu à moitié ourlée de blanc dans un ciel chaud mouvementé où visiblement il se passe des choses. Le ciel plus grand que la terre, plus avancé aussi, prenant en tout cas le dessus à ce degré de réalisation où le regard du peintre transperce les nuages; la neige, en-dessous, à peine esquissée, n'étant encore qu'un brouillon.

Il voulait l'offrir à son infirmière en reconnaissance de ses bons soins et de sa gentillesse mais, ne pouvant finalement mener ce projet à bien, à son terme, la toile resta  telle quelle, invisible, posée à plat sur une étagère dans un placard de l'atelier - en attente de prendre son sens, final, tout entier.

Dernière œuvre de SergeFleurs d'amandier, flocons de neige, bleu lumineux de l'éclaircie, nuages - c'est selon la dernière vision, mais va dans le même sens pour revenir au même : de grand cœur, pinceau en main, à la rencontre de l'au-delà de soi et du monde. Vouloir encore transfigurer ce dernier, en guise d'adieu, dans l'immémoriale poésie de la neige et de ses reflets n'est-ce pas essayer de le faire fleurir de nouveau, comme un amandier ? Une dernière fois, éternelle. À la Bonnard !

 

Une conférence de J-Y Royer le 4 mars, à 17 h, à la salle Pierre Michel de Forcalquier : "Neuf siècles de lettres d'oc à Forcalquier."

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Au Théâtre du Chien qui Fume d'Avignon.

samedi 6, 20h30 et dimanche 7 février à 17h.

Tout a été dit sur Mozart … ou presque.
Après les révélations du musicologue Hollandais Jeen Cristien Van Voedebriin, Jean-Denis Vivien et Eric Breton lèvent enfin un coin du voile. Incroyable, stupéfiant ! Qui aurait dit que …?

Avec :
Lydia Mayo (soprano)
Emilie Ménard (soprano)
Magali Cunty (mezzo)
Thierry Camacho (ténor)
René Linnenbank (baryton)
Eric Breton (piano)
Jean-Denis Vivien (conférencier)
Contact et réservations : 04 90 85 25 87.