Foin des cafés tapageurs, le jeune Giono semblait déjà bien sérieux lorsqu'il avait 16 ans ... et demi !

 

Giono à 16 ans 2

   Cher maître d'œuvre de ces lieux, en commentant ce dernier samedi cette antique photo tu faisais observer, à très juste titre, l'extraordinaire regard de poète de cet encore jeune homme; regard qui, disais-tu, nous saute aux yeux. (sergefiorio.canalblog.com/archives/2016/).

Le regard du poète. Et son grand sérieux également. L'habit d'apparat par-dessus le marché ! Le chapeau, la cravate ... avec son épingle (peut-être une dignoise étoile de Saint-Vincent quand on y regarde de près) la chaîne de montre glissée comme il se doit dans la poche du gilet, le reste du costume à l'avenant.

Ne manque même pas les mains dans les poches.

Mazette, fameuse tenue pour le fils de la tendre blanchisseuse et du cordonnier anarchiste !

À croire qu'on ne se mouchait pas du coude chez ces immigrés italiens de la deuxième génération ... comme on le dirait à notre si belle époque.

La vérité est au quotidien un tantinet différente. Même si ce n'est pas là, bien au contraire, son habit du dimanche.

Rien non plus de celui de Tartarin, quoiqu'il s'agisse pourtant - comme tu le sais parfaitement André* - de sa tenue de ... chasseur.

 *   [ On supposera adoncques que j'écris ici pour les multiples lecteurs américains de ces pages que tu saluais récemment, lesquels ignorent peut-être les quelques détails biographiques autant que costumiers dont il va être question ci-après  ...  :-) ]

Chasseur au Comptoir d'Escompte de Manosque ! Non pas Boulevard des  Tilleuls ...mais Promenade cependant; Aubert-Millot en l'occurrence. Un bon début quoi qu'il en soit pour un poète en herbe, n'est-il pas ? Malgré l'absence de poches crevées et de paletot devenu idéal !

Tenue de cérémonie fiduciaire qui permet de dater assez précisément cette photo. D'octobre 1911. Le jeune Giono, né en mars 1995, a donc seize ans ... et sept mois. Les bons comptes faisant les bons amis, mois à rajouter aux années inscrites (postérieurement) sur la photo adressée par le jeune Jean à sa tante Marguerite (confer ton billet de ce 16 janvier).

Tout ça pour en arriver là ? !  Oui. Et non.

Car (toutes les deux figurant dans l'Album Giono de la Pléiade) il existe une photo parente de celle ci-dessus. C'est de cette seconde, qu'après avoir revu ici le jeune Giono quasi endimanché ... pour sa semaine de bureau, j'avais envie de toucher un mot. Voici une reproduction de l'exemplaire que j'en possède. J'y ai (simplement sur cet écran, bien sûr !!!) signalé la position du jeune Giono par une flèche. Mêmement tiré à quatre épingles, chapeau en tête !

Comptoir Escompte Giono 1

Et c'est là, qu'en relation avec le cliché précédent, cette image devient amusante. Voire, pour qui voudrait y voir le (petit) doigt du Destin (ou de quelque chose dans le genre) un peu plus qu'amusante.

Car ce n'est pas d'une photo de famille dont il s'agit ... mais d'un tirage de carte postale (celle reproduite sur l'Album de la Pléiade portant du reste, comme c'était alors de coutume, une oblitération à son recto)

On avouera ... ou pas (je manque terriblement de moyen de coercition) que la chose peut paraître singulière. J'y ai un peu songé. Pour ma part j'imagine (j'accepte très facilement d'être contredit ... même si, autant prévenir que guérir, j'en conserve généralement une rancune tenace ... et moi qui n'en ai aucune, je possède à cet endroit une mémoire d'éléphant) qu'il s'agit peut-être (?) d'une commande du Comptoir National d'Escompte ... de Paris (ce n'est fichtre pas rien !) destinée, en la diffusant (entre autres) dans son agence manosquine, à épater l'éventuel client bas-alpin.

Lequel, vu de la capitale, doit - cela va sans dire - s'épater de peu.

Un genre de carte postale ... de réclame, en quelque sorte (Publicitaire devant être alors un vocable pas tout à fait encore passé dans les bonnes mœurs)

Ce qui m'amène (enfin) là où je souhaitais en venir. Les passants devant l'agence ne seraient pas alors de simples quidams ... mais les employés du lieu. Prenant la pose. Et c'est là (il m'en faut peu) que la chose m'amuse :

Ils sont six sur cette photo. Tous portent une casquette. Sauf le personnage au premier plan ... qui, lui, se permet de venir travailler le journal sous le bras. Mais on devine aisément (même si Les échos étaient loin d'être encore à l'ordre du jour) qu'il s'agit là d'une publication sérieuse. À mon avis, ce personnage central, aussi droit que le tronc du platane à sa droite, ne peut-être que le directeur de la succursale.

D'où (nous y voilà) son chapeau hiérarchique !

Et donc, je me marre, celui - qui lui fait écho - du jeune chasseur tout nouvellement recruté !

Pour moi le magnifique couvre-chef du jeune Giono vaut pour le coup le gibus tromblon d'une insolence rare que porte Langlois lorsqu'il revient à Chichilianne ... sur les lieux du crime, admettons.

Où alors, si j'osais, ou si l'on préfère, l'un n'excluant du reste pas l'autre, une espèce locale de Stetson prémonitoire !

Car un jour viendra bientôt où, ayant survécu à l'effroyable boucherie qui fit presque vingt millions de morts ... dont une bonne moitié de civils [si, en outre, l'on accepte de considérer que les conscrits sont autre chose (mais quoi ?) que des civils ... en uniforme !] le jeune chasseur, devenu pacifiste, se mettra (allez savoir pourquoi !) à écrire les premières phrases de Colline aux dos des formulaires du fameux comptoir national.

Quatre maisons fleuries d'orchis ...

 ...

PS : Je possède (possédais ?!) une autre carte postale du même jour, du même lieu, avec les mêmes comparses (ce qui étaye un peu ma thèse de la mise en scène commerciale) Égarée (perdue, engloutie, anéantie ?!) au cours d'un intempestif délogement. Si elle revient un jour heureux à la surface (Où sont les cercueils de Queequeg pour nos trésors disparus ?!) je la joindrai à postériori. Deux chapeaux valant mieux qu'un ! 

PS bis : Je m'en excuse (ou tente de le faire) à nouveau : pas de tableau de Serge pour me faire pardonner (un peu) mes bavardages. Mon amie Agathe me disait parfois que quelques menues privations ne peuvent pas faire de mal pour l'appétit du lendemain. Dès lors ... Vivement demain !