La toute dernière livraison de l'Association des Amis de Lucien Jacques est un fort numéro 12 du bulletin contenant la riche et abondante correspondance Lucien Jacques-Alfred Campozet.

C'est à la fille de ce dernier, Christine Iratçabal-Campozet, que revient, en quelques pages d'une mini-biographie sobre mais néanmoins très sensible placée en tête du volume, de nous présenter son père et le contexte des diverses étapes du parcours original et courageux de ce poète-maçon-pacifiste ayant eu la droiture et la force d'âme d'accorder le cours de sa vie à ses élans du cœur et aux exigences peu communes de ses convictions intérieures.

Nombreux sont celles et ceux qui souhaitent maintenant la réédition, jusque-là seulement projetée, du fameux Le pain d'étoiles (quel titre déjà !) de son père paru chez Fanlac en 1980 (re-déjà !) sur l'expérience du Contadour. Ce serait une belle et bonne chose que de pouvoir de nouveau la faire ainsi redécouvrir par le regard unique de cet acteur et témoin de grande qualité.

Bulletin 12

Contadourien de la première heure, Alfred Campozet, me dit Jacky Michel, a été le seul et unique - bien sûr le sujet et la teneur de ses lettres ici publiées en témoignent puisque une grande partie d'entre elles proviennent d'abord de prison puis du stalag - à avoir appliqué à la lettre et pleinement assumé ce qui pouvait paraître utopique dans les convictions pacifistes revendiquées haut et fort par le fameux groupe installé chaque été surtout, dès 1936, aux abords du village du Contadour.

L'échange de lettres s'étale de 1936 à 1955, rendant compte, tout le long, d'une amitié inébranlable solidement nourrie entre les deux correspondants. Nourrie par des goûts artistiques communs, des idées, des souffrances et des deuils partagés; des projets aussi, qui soutiendront Alfred pendant sa dure et longue captivité sous - ironie du sort - l'étiquette absurde de prisonnier de guerre. Absurde, oui, au plus haut point, puisque la guerre, ni de gré ni de force, il n'avait, et de toutes ses forces, jamais accepté de la faire, même pas d'y participer le moins du monde, cela sans compromis possible, d'aucune sorte !

L'annonce de la mort dans un bombardement de la jeune et belle Inès Fiorio, l'assassinat affreux, dégueulasse, de l'ami Jean Bouvet devant sa femme et ses enfants; plus tard, l'évocation du décès prématuré lui aussi, par pneumonie, de Justin Nègre dans les bras - ceux-là, tendres et secourables - de Lucien Jacques y sont décrits comme étant autant de « vides que l'on ne comblera pas ».

Mais l'on se rend bien compte combien - au-delà de tout le tragique et de toute la tristesse en découlant, qui n'y sont jamais escamotés - cette correspondance fut pour Alfred Campozet une bouée de sauvetage efficace, Lucien Jacques l'y faisant partager sa passionnante vie d'artiste et celle d'homme libre que son cher ami Alfred finira, en grande partie grâce à elle, par redevenir.

Témoignage parlant de premier plan écrit, c'est le cas de le dire, à deux mains, cette correspondance est d'une belle force pour l'édification de nous tous aujourd'hui, autant que nous sommes, et plus que jamais peut-être, au vu de l'actualité guerrière et terroriste proliférant un peu plus chaque jour comme une lèpre aux quatre coins du monde.

Page 108, en date du 18 octobre 1947, Lucien Jacques écrit : «Je vais avoir pour voisins immédiats les Fiorio, cousins de Jean et d'Inès. Ils ont acheté du terrain et je leur laisse les deux maisons attenantes à la mienne qu'ils vont aménager, étant, entre autres choses, maçons. »

Plus loin, page 120, en date alors du 29 juillet 1949, le même Lucien Jacques rend, au passage, compte de leur art de vivre à Montjustin malgré la sécheresse financière qui leur est alors coutumière : « Ici, les Fiorio mènent une vie pittoresque et charmante, sans guère plus de soucis que des oiseaux (pour autant que ces derniers en manquent), mais ce qui me fais les comparer aux oiseaux, c'est qu'ils chantent en solo ou en chœur à tout bout de champ.»

CampozetTrop jeune pour cela, je n'ai, hélas, point connu Lucien Jacques, mais j'ai rencontré une fois, une seule, Alfred Campozet, chez Lucienne Desnoues, déjà veuve il me semble. En 1988, peut-être. Évoquant ensemble leurs beaux souvenirs et les présences amies, je me contentais d'écouter en silence. Unique image qui me reste de lui : assis dans un fauteuil confortable, tout au long de leurs émouvantes évocations, il fumait la pipe, sagement.

Pour toute commande de ce bulletin au prix de 12 euros seulement, plus les frais de port, s'adresser à : jacky.michel@sfr.fr ou alors à : Association des Amis de Lucien Jacques, 10, rue Fontaine vieille, 04800 Gréoux-les-bains.

On peut aussi consulter le site sur le lien suivant : Association des Amis de Lucien Jacques

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Le livret Trois de Montjustin.

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Lucien Jacques.

Lucien Jacques (1891-1961) au musée municipal de Forcalquier.

Lucien Jacques : "Glissez, mortels, n'appuyez pas. "
Aux Amis de Lucien Jacques.

Les Carnets de Moleskine.
Les poèmes de guerre de Lucien Jacques.
Album de dessins et gravures de Lucien Jacques
De la correspondance Lucien Jacques-Alfred Campozet.
Le sourcier Lucien Jacques, par Lucienne Desnoues
AG Lucien Jacques et autres informations.
Un court poème que Lucienne m'offrit.
Dans le N° 12 des bulletins des Amis de Lucien Jacques
Sur une photographie de Lucienne Desnoues.

 

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Association des Amis de Lucien Jacques (1891-1961)

 

Giono et les peintres, le site de Michèle Ducheny.

 

Les Graves le 4-10-15 (1)Les Graves, l'une des deux maisons - avec le Moulin - des contadouriens, le 4.octobre 2015. Photo Gérard Allibert.

Et ci-dessous, du même, le même jour, le Jas des agneaux (qui appartenait à mon grand-père maternel, Philibert Moutte, avant qu'il ne le perde aux cartes avec finalement tout le reste de ce qu'il possédait au Contadour).

Jas des agneaux

 Tout en bas, en "commentaire" Gérard nous envoie quelques vers évocateurs d'Alfred.