Issu du viager en bonne et due forme consenti par monsieur et madame Roure, les derniers paysans ayant habité le village, voici le grand jardin des Fiorio en l'année 1954. C'est une belle pièce d'une contenance de peut-être un petit quart d'hectare de bonne terre arable située à l'est, dans un creux de terrain abrité des vents où - miracolo ! - dans un bassin rustique coule même une petite source au débit gros comme l'index !

Jardin des fiorio 1954;Comme à leur habitude dans leurs nombreux jardins précédents ici et là, ils y cultiveront à la fois des légumes pour nourrir leur famille à rallonge et des fleurs pour le plaisir de tous. Cela, jusqu'à ce que, sur une idée de la maman Fiorio - experte, ne l'oublions pas : fille de jardiniers en Piémont - ils se mettent à y cultiver avec passion des chrysanthèmes de toutes les couleurs pour aller ensuite les vendre au temps de la Toussaint sur le plateau d'une vieille guimbarde, de village en village, autour de Montjustin. Un pied ayant donné des fleurs d'un beau jaune rare, très particulier, ils le sélectionnèrent pour en faire, chaque année, la mascotte de leur étalage.

Et ces tournées seront au moins doublement fécondes : pour faire bouillir la marmite commune et pour la peinture de Serge qui se nourrira, elle en particulier, à mesure, des paysages ainsi découverts à la ronde sous des ciels si divers, des scènes de la vie villageoise comme de celles des travaux des champs, ou forestiers, des personnages rencontrés, de toutes sortes de choses, mille et une, qui faisaient alors la riche authenticité de la vie ordinaire du pays de Haute-Provence. Tout cela se retrouvant incorporé comme un levain par le langage du peintre ancrant ainsi, en même temps, sa peinture en une réalité valorisée au plus haut point en ses diverses dimensions. D'où cet œuvre hautement chargée d'esprit, et autant de sens !

Serge au jardin d'en basIci, Serge en train de remplir son arrosoir dans le bassin de retenue de la source.

C'est d'un petit peu plus bas encore - au canon du vieux petit lavoir communal - que, durant leurs premières années d'installation au presbytère - c'est-à-dire, tout à l'opposé, au plus haut du village ! - les Fiorio iront courageusement - un arrosoir de chaque côté, à bout de bras - se ravitailler en eau, utilisant parfois pour ce faire une barrique posée sur une petite remorque attelée à la fameuse, sinon illustre (pour son caractère) Cornélia, la petite ânesse capricieuse de Lucien Jacques. Si capricieuse celle-là, paraît-il, ne voulant pas trop souvent avancer, qu'ils avaient encore, la plupart du temps, plutôt intérêt à faire sans, à s'en passer !

Alerté de cet état de fait, pénible manège mangeant beaucoup de temps et de forces vives, l'ami Paul Geniet se renseigna et finit par dénicher, sur Aix-en-Provence, un spécialiste des béliers hydrauliques pour venir remettre en service celui alors encore en place à la source communale, mais tel quel hors d'usage. Il s'agit d'un système de pompage inventé par le père de la montgolfière et qui utilise, en l'inversant en partie, la force d'une colonne d'eau en mouvement descendant pour en faire une force au contraire ascendante, remontant donc de l'eau sans le secours d'aucun moteur, électrique ou autre. Bélier efficace dont l'adduction d'eau plus classique prit, bien entendu, un beau jour heureusement le relais. 

Ce n'est qu'une fois l'ancienne forge transformée en maison, terminée, que Serge fit de l'emplacement d'une ruine voisine à ras du sol, en contrebas, son autre jardin quotidien, idéal - en dehors de celui de sa peinture : celui-là juste sous ses fenêtres !