Poète, au sens large du terme, notre ami Jacques Ibanès - à qui le blog Serge doit son encore tout luisant poisson d'avril - aime, depuis toujours dirons-nous, chanter ses propres chansons, interpréter celles des autres, faire la lecture, écrire, raconter et...marcher à pied !

Nous venons de faire connaissance, il y a peu. Et nous avons spontanément échangé deux de nos livres en toute amitié, déjà !

couverture Voyage à Manosque

Le Voyage à Manosque, paru en 2011 aux éditions Pimientos, dans la collection Lettres du Languedoc, est le récit minutieux d'un grand voyage à pied qui entraîne le lecteur régulièrement, d'étape en étape, de Castans (où habite l'auteur), jusqu'à Manosque où - la Terre entière aujourd'hui le sait - toute sa vie, vécut Giono. Écrit à la troisième du singulier, l'auteur réellement en marche, s'y raconte donc en miroir, un livre toujours à la main, aussi : autre miroir sans doute, plus intérieur ! Il ne s'agit pas moins de Noé qui, miroir de voyage donc, non se change, mais se double plutôt, au fil des jours et des chemins, d'une aiguillle aimantée vers Manosque ; étant déjà, en même temps, interface subtile entre le vécu intérieur et le vécu extérieur, les reliant avec bonheur, comme par enchantement. Fil d'Ariane aussi, spirituel.

La densité du Noé, sa charge d'images et d'évocations, y servent, par contraste, à sertir l'ascèse volontaire de Jacques dont, dans le livre, nous ne saurons jamais ni le nom ni le prénom - vous et moi ? -, s'accorde à son pas, à ses haltes, à ses observations et méditations de marcheur solitaire resté ouvert aux autres dont, lecteurs, c'est certain, nous sommes partie-prenante. Lisant, nous marchons nous aussi, un livre à la main : jeux de miroirs, et mises en abyme également, jusque, peut-être, de ce que sont véritablement les mots, leur pouvoir et, du coup, la littérature elle-même, qui sait ?

Aussi bien récit expérimenté de la complémentarité tacite corps-esprit que, dans le même sens, approche charnière entre le réel et la création artistique, Le Voyage à Manosque ne doit pas être lu qu'au premier degré. Chemin faisant, il faut savoir se laisser aller à en suivre le cours, paisible en apparence, pour en goûter avec fruit les multiples qualités de contenu et d'écriture dont, celles, naturellement en filigrane comme il se doit, d'un certain mystère  — d'une quête en vérité.

Le livre s'ouvre sur l'évocation de la maison de l'auteur dans laquelle se trouve « un très beau portrait de Giono » : la reproduction de celui fait par Serge, en 1934, dans le bureau même de l'écrivain travaillant pendant tout ce temps à Que ma joie demeure. Céreste-Manosque étant l'ultime étape, « Il » évoque alors Lucienne, Lucien, et Serge revient lui aussi dans le texte, au passage, de bon matin : « Une seule maison est éveillée, c'est celle de Serge Fiorio...Il aperçoit d'ailleurs sa haute silhouette, mais n'ose aller le déranger à cette heure.»

clocher de Manosque; Serge Fiorio

Maintenant, la suite au prochain épisode : le compte-rendu d'un autre ouvrage paru, lui, récemment au Cherche midi : l'édition préfacée, annotée et établie par Jacques Ibanès des souvenirs d'un certain Victor Lebrun qui fut le secrétaire de Tolstoï pendant dix années !

Pour en savoir un peu plus :  http://perso.orange.fr/ibanes/