Non pour faire écho à la triste nouvelle de la toute récente disparition du photographe Lucien Clergue, mais pour saluer l'originalité de son parcours en faisant ici mémoire, justement, de sa première visite à la maison Fiorio, voici une photo-souvenir bien parlante, issue des archives de Serge, qui tranche bien évidemment avec ses Nus admirables prouvant bien, eux — si l'on en croit Cocteau —  qu'il assista sans aucun doute et sans aucun complexe à la naissance même d'Aphrodite. 

À Montjustin, on va le voir, il s'agissait plus humainement d'amitiés affectueuses, indéfectibles. En effet, en 1953 — pour complément d'information indispensable, lire le billet du 14. IX dernier, intitulé Les arlésiens — Lucien Clergue est pour trois jours à Montjustin chez les Fiorio en compagnie de la jeune chanteuse Josy Andrieu et d'André Bernard, son époux, de Paul Geniet aussi ; celui-là même qui les y a conduit depuis Arles pour leur faire connaître et partager l'enthousiasme de la tribu Fiorio qu'il a, lui, découvert bien plus tôt par un certain Serge rencontré lors de sa mobilisation dans le même régiment que lui (Le Génie !) en 1939, à Bourgoin dans l'Isère. 

Photo Clergue IIPhoto Lucien Clergue

Si Lucien Clergue n'apparaît pas sur la photo prise lors de ce séjour mémorable pour tous les participants, la raison en est bien simple et logique : c'est lui qui ce jour-là, comme les autres, cadre et appuie sur le bouton !

Et tout le monde n'est pas, non plus, ici présent devant l'objectif, loin s'en faut ! il ne s'agit là que d'un échantillon, si je puis écrire. Le troupeau lui-même, non plus, n'y est pas au complet !

1953 : Serge et ses (déjà) vieux parents viennent tout juste d'emménager dans « la maison du bas », ruine de l'ancienne forge cédée par Lucien Jacques et rebâtie avec les moyens du bord, l'aide aussi de nombreux amis, un hiver après l'autre.

De gauche à droite on reconnaît bien : celle que toutes et tous appelent familièrement La Reine-mère, Maria, la maman Fiorio, vient ensuite le visage souriant d'André Bernard, qui deviendra manager d'artistes — notamment du guitariste gitan Manitas de Plata — et collectionneur de toutes sortes de choses, particulièrement dans le domaine de la chanson et du cinéma. Le troisème est Serge, ayant lâché le pinceau pour un entonnoir. Viennent ensuite Paul Geniet et Josy Andrieu, Robert Duc, le berger, puis le pépé Fiorio à la barbe de patriarche que lui tire sans aucun respect pour son auguste personne mais, l'autre bras sur l'épaule, avec affection, Michel Geniet, le fils de Paul. De dos, escortant le troupeau : le chien Patate.

Cette photographie est une page, parmi les plus belles et les plus émouvantes de ce que l'on peut bien appeler sans se tromper aucunement : Les Très Riches Heures de la tribu Fiorio à Montjustin. 

Oui, les Très Riches Heures l'emportèrent finalement toujours sur les tribulations en tous genres qui, elles non plus, tout au long de l'aventure ne leur firent pourtant jamais défaut.

L'amitié leur était une potion magique.

Et leur grand secret ?

Ils chantaient !