Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

 

La Retirada. C'est ainsi que les familles de républicains victimes du golpe (le coup d'état fasciste de Franco) nommèrent cette longue marche vers l'exil forcé qui, à travers l'hiver pyrénéen, devait les conduire - non pas vers une liberté nouvelle - mais vers des camps cerclés de barbelés, tels celui d'Argelès de sinistre mémoire (le plus fameux d'entre-eux, si j'ose dire par lugubre antiphrase ... mais pas le seul !)

Femmes, enfants, vieillards, affamés et misérables, dépouillés de tout, accompagnent la colonne des hommes harassés et vaincus, laissant  derrière eux l'Espoir (avec la majuscule du roman de Malraux) en même temps qu'une terre natale que beaucoup ne reverront plus.

Il existe de multiples témoignages photographiques de ce drame humain, dont celui de Robert Capa engagé (avec son seul appareil photo) aux côtés des combattants républicains (et qui laissera à Escurial, dans la province de Madrid, la dépouille de Gerda Taro, sa compagne aimée, photographe comme lui)

 Argelès 1

     Camp d'Argelès-sur-Mer - mars 1939 - photo Robert Capa

 

(Plus de 200 000 réfugiés espagnols  transiteront dans ce camp ... auxquels s'ajouteront bientôt juifs, tziganes et ressortissants de pays ennemis. 75 000 hommes, femmes et enfants y sont régulièrement internés. À partir d'août 1940,  le gouvernement de Vichy livrera directement plusieurs milliers de ces hommes aux camps d'extermination nazis dans lesquels, affublés d'un triangle bleu marqué de la lettre S, près de 7 000 espagnols périrent)

El llarg cami de l'exili - En memoria del exiliats del camp d'Argelers

(Le long chemin de l'exil - En mémoire des exilés du camp d'Argelès)

 

Des photos donc pour donner à voir la réalité de cette tragédie, mais (à ma connaissance) il existe en parallèle peu d'œuvres picturales d'artistes d'un certain renom à avoir proposé une vision personnelle de cette errance désespérée.

Pour ce qui est des horreurs de la guerre, on pense évidemment tout de suite au Guernica de Picasso  (lequel refusa pour sa part de refouler le sol de sa patrie originelle du vivant du Caudillo ... qui mourut un an après lui !) Guernica, ville martyre, éloquent prélude à cette chronique d'une mort annoncée ... dans la quasi indifférence pourtant des démocraties européennes. Il n'y a pas plus aveugle que celui qui ...

 Guernica

                                                  Guernica - Picasso - 1937

 

Mais rares sont donc les témoignages peints de cet exode de masse qu'un autre (dont il était pourtant le funeste augure), franco-français celui-là, se chargera de faire rapidement effacer des mémoires (parfois volontairement oublieuses)

C'est dire André, si cette Halte des réfugiés espagnols que j'ai découvert dans le billet du 25 mai (et qui accompagne la très belle lettre de Simone Jouglas) a aussitôt retenu mon attention.

 La Halte des réfugiés

                                 Deuxième Halte des réfugiés espagnols. 1946-47.

 

Première petite remarque, tu signales là une seconde Halte. Tu connais (ou supposes) donc l'existence d'une première ... qui lui serait éventuellement antérieure. Si tu en retrouves un jour un jour la trace, il sera intéressant d'en observer le millésime. Celle-ci ayant était datée par Serge (sans doute ultérieurement, ce qui explique cette petite imprécision) de 1946/47. Donc bien après l'année 39 qui est celle de la Retirada.

Désastre auquel l'auteur de cette toile n'a d'ailleurs vraisemblablement pas pu assister comme témoin direct ... puisque ce n'est qu'au printemps 1941 qu'il s'installera un temps dans le sud-ouest, à la ferme du Vallon, à quelques kilomètres de Montauban (album du Poivre d'Âne dixit).

Cela me conduit à émettre trois petites hypothèses. Soit Serge peint là une scène qui lui a été rapportée et dont le récit l'aura touché. C'est, pourrait-on se dire, assez improbable  ... mais c'est cependant de cette manière qu'il réalisera en 1950 La mort du camarade.  Soit, plus plausible à mes yeux,  il s'agit dans cette scène de réfugiés libérés des camps au cours des mois qui suivirent leur arrestation. Des femmes et des enfants surtout (Argelès, par exemple, ferma ses portes en septembre 41et si une majorité d'internés sont alors transférés dans d'autres camps, certains parmi eux sont jugés suffisamment inoffensifs pour être rendus à la vie civile)

Réfugiés que Serge et son frère Aldo peuvent très bien abriter à ce moment-là car tous deux habitent à présent la campagne du Vallon.

Soit enfin, dernière supposition, nous avons ici affaire à la deuxième vague de cette immigration ibérique. Celle qui reprit peu après la Libération de la France (années 46/47 et suivantes, ce qui serait en cohérence avec la datation du tableau) période au cours de laquelle, notre république convalescente accueillit cette fois bien volontiers des mains fort utiles à la reconstruction de nos propres décombres.

(On a eu coutume de qualifier cette seconde migrationd'économique. Tous ces gens là fuyant effectivement la misère ... mais aussi - et surtout - la dictature. Une dictature féroce qui longtemps encore pourchassa, arrêta, tortura et garrota ceux de ses enfants qui, des années auparavant, s'étaient dressés contre elle. Et c'est pourquoi ces nouveaux exilés furent parfois durablement appelés réfugiés)

Mais dans cette dernière hypothèse la présence des hommes aurait été centrale. Or, dans ce tableau, ce sont des femmes et des enfants qui nous font face.

Ainsi, l'homme (jeune) debout, plus qu'un adulte (qui serait père d'une famille déjà nombreuse !) me semble plutôt être un grand-frère (il est d'ailleurs plus petit que la femme à ses côtés) ... ce qui me paraît aller dans le sens de la seconde conjecture, celle de familles libérées des camps ... mais sans les hommes * (ceux qu'en s'en défiant on appelait alors : les rouges !)

 

Quoi qu'il en soit, si ce n'est le parti des vaincus que rallie ouvertement le peintre ... pas plus que dans La mort du camarade il ne fera sienne la cause de la résistance armée (Simone Jouglas signale toutefois parmi les noirs et les bruns de cette Halte l'éclat d'un foulard couleur coquelicot ... et c'est là le choix de ce même peintre qui naturellement demeure maître de sa palette ... et reproduit sans rien y changer le rouge qu'il a sous les yeux ... voire même qu'il imagine) si ce n'est donc le parti, c'est - pour le moins - son parti-pris à leurs côtés qu'exprime clairement cette toile.

 

Je pense ici à certains tableaux des frères Le Nain dont le sujet n'est pas le dénuement des paysans dont ils ne nous cachent pourtant rien ... mais leur inaltérable dignité.

 Famille de Paysans dans un intérieu bis

    Famille de paysans dans un intérieur - Le Nain (Louis ?) - circa 1642

 

Parti-pris d'un homme (Je n'ose écrire humanisme qui est un bien grand mot ... parfois incompris) qui nous donne donc à voir. Mais sans le moindre voyeurisme. Ces femmes et ces enfants ne me sont pas étrangers, ils sont un autre moi-même ... aurait pu dire Le Nain. Et Serge Fiorio pareillement.

De même que La mort du camarade ne peut laisser planer le moindre doute sur la fraternité qui s'y exprime pour ceux du maquis ... même si, pacifistes, les frères Fiorio se refusent personnellement au choix des armes.

Ainsi, par cet identique sentiment exprimé, ces deux tableaux sont frères d'âmes.

Tous deux, à une même époque tragique, marquent par ailleurs une irruption de l'Histoire dans la peinture de Serge,  laquelle intrusion fait exception remarquable dans son œuvre.

Ici et là, ce sont des victimes d'un pouvoir totalitaire, et qui ont choisi d'y résister, dont ces portraits témoignent.

 La mort du camarade 800

   La mort du Camarade - 1950

 

Ici comme là, il s'agit d'un groupe resserré, solidaire. Silencieux et digne.

On peut apercevoir dans ce tableau des camarades une femme qui nous regarde droit dans les yeux. Sans doute est-ce la mort de celui qu'elle aime qui explique sa présence parmi les hommes (représentés sans armes, mais dont on devine qu'à d'autres heures du jour ils peuvent être des combattants). C'est d'ailleurs à elle que revient de soutenir une dernière fois sa tête dans sa main ...

C'est une dignité semblable et une même force (nées d'un autre désespoir, d'une autre perte définitive) qu'expriment ces femmes réfugiées. Et que leurs enfants aux visages immuables nourrissent d'une égale gravité.

Tableaux tous deux couchés sur la toile des années après le drame, comme si, à son tour, ce peintre qui aimait tant rêver, avait voulu se libérer - ici comme là - de quelques sombres nuées ...

En en faisant ainsi témoignage commun.

                                                                                            *   *   *

Un dernier point de vue sur cette Halte. Quittons pour cela les personnages pour nous intéresser un peu au paysage visible par les deux fenêtres qui s'ouvrent dans leurs dos, à leur gauche et à leur droite.

Le cliché est imprécis, et peut-être n'est-ce alors qu'une simple illusion, mais dans cette ouverture de gauche (celle du passé ?) parmi les collines je crois distinguer (Simone Jouglas évoque un château mystérieux) de possibles habitations en ruines (par delà les Pyrénées, celles d'une Espagne ravagée?) A droite par contre (allégorie d'une future vie devant soi ?) un village bien établi.

L'espérance à l'horizon, malgré tout (c'était là une maxime chère aux Contadouriens)  nous dirait à sa façon le peintre, à l'exacte période (1946/47) où, lui-même - au cœur d'une semblable famille d'exilés solidement unis entre-eux - vient de prendre racine à Montjustin.

France, terre d'accueil ...

 

G.A

Mai 2014

 

* Quant à ces hommes, aux heures de la déroute française, les autorités militaires leur proposèrent d'incorporer la légion étrangère ... en échange ( ) de leur sortie des camps (un grand nombre d'autres, profitant du chaos ambiant, prirent la fille de l'air afin de rejoindre les maquis dont ils constituèrent rapidement les premiers embryons opérationnels). Passés par les garnisons françaises d'Afrique du Nord, certains de ces surprenants légionnaires (peu taillés dans leurs convictions pour l'ordre militaire ... mais antifascistes  déterminés) furent dès novembre 42 (date du débarquement sur les côtes africaines) sollicités pour intégrer la Division Leclerc. C'est ainsi que les anarchistes de La Nueve (en uniforme français !) dont les chars se nommaient Madrid, Teruel, Ebro,

Brunete ... et Guernica ! (Don Quijote également !) furent les premiers à pénétrer dans Paris au soir du 24 août 1944.

Mais c'est déjà (presque) une autre histoire ...

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nueve

 

Traduction de notre ami Agostino Forte :

 

DOVE VANNO TUTTI QUESTI BAMBINI SENZA ALCUN SORRISO?

 

La Retirada. Così le famiglie di repubblicani vittime del golpe (il colpo di stato fascista di Franco) chiamarono la lunga marcia verso l’esilio forzato che, attraverso l’inverno pirenaico, doveva condurli non a una nuova libertà ma verso i campi cinti da filo spinato come quello di Argelès di sinistra memoria – il più famoso, misi passi la lugubre antìfrasi … ma non il solo.

 

Donne, fanciulli, vecchi, affamati e miserabili, spogliati di tutto, accompagnavano le colonne di uomini esausti e vinti che lasciavano dietro di sé la Speranza(con la maiuscola del romanzo di Malraux) e al tempo stesso la terra natale che molti non avrebbero più rivisto. Esistono diverse testimonianze fotografiche di questo dramma umano e tra queste quella di Robert Capa impegnato (con il solo ausilio dell’apparecchio fotografico) a fianco dei combattenti repubblicani (a Escurial, nella provincia di Madrid, lascerà le spoglie di Gerda Taro, sua amata compagna e fotografa al pari di lui).

 

 (Più di 200.000 rifugiati spagnoli transitarono per questo campo … ad essi poco dopo si aggiungeranno ebrei, zigani e cittadini di paesi nemici. 75.000 tra uomini, donne e fanciulli vi furono regolarmente internati. A partire dall’agosto 1940 il governo di Vichy consegnerà direttamente diverse migliaia di questi uomini ai campi di sterminio nazisti nei quali, distinti da un triangolo blu con impressa la lettera S, perirono quasi 7.000 spagnoli)

 

El llarg cami de l'exili - En memoria del exiliats del camp d'Argelers

 

(La lunga marcia dell’esilio – in memoria degli esiliati del campo di Argelès)

 

Foto che ci consegnano la realtà di quella tragedia ma (a mia conoscenza) esistono parallelamente poche opere pittoriche di artisti di una certa rinomanza che abbiano riproposto, secondo la propria visuale, questo esodo disperato. Per ciò che riguarda gli orrori della guerra, il pensiero corre subito alla Guernica di Picasso (del quale va ricordato il rifiuto di tornare a calcare il suolo natìo vivente il Caudillo … che morì un anno dopo di lui !). Guernica dunque, città martire, eloquente preludio a questa cronaca di una morte annunciata … eppure nella pressoché indifferenza delle democrazie europee. Non c’è peggior cieco di chi … 

 

Ma rare sono pertanto le testimonianze pittoriche di questo esodo di massa al quale un altro (a cui sarà stato di funesto presagio), franco-francese quello(1), si incaricherà di farne svanire il più possibile la memoria (talvolta così diligentemente dimentica).

 

Per dirti, André, quanto questa Halte des réfugiés espagnols che ho scoperto nel biglietto del 25 maggio (e che accompagna la bellissima lettera di Simone Jouglas) abbia subito catalizzato la mia attenzione. 

 

Una prima piccola precisazione: tu segnalavi una seconda Halte. Quindi conosci (o supponi) l’esistenza di una prima… che le sarebbe eventualmente anteriore. Nel caso che un giorno tu ne possa ritrovare le tracce sarà interessante risalire alla datazione; essendo il presente quadro stato segnato da Serge 1946/47 (senza dubbio successivamente, a maggior ragione della piccola imprecisione). Dunque ben dopo il ’39 che è l’anno della Retirada. Disastro al quale l’autore di questa tela non ha potuto d’altra parte verosimilmente assistere come testimone diretto … in quanto è solo nella primavera del 1941 che egli si installerà per qualche tempo nel sud-ovest, al Vallon, a pochi chilometri da Montauban (come si può rilevare dalle pagine di Poivre d'Âne)***.

 

Questo mi conduce a considerare tre ipotesi. La prima: Serge ha dipinto questa scena che gli fu riportata e la cui storia l’avrebbe particolarmente colpito. Ma la cosa ci sembra assai improbabile … per quanto sia questa la modalità con la quale, nel 1950, realizzerà La mort du camarade (La morte del compagno). Seconda ipotesi: più plausibile ai miei occhi, in questa scena trattasi di rifugiati liberati dai campi nel corso dei mesi successivi al loro arresto, soprattutto donne e bambini (Argelès, per esempio, cessò la sua attività nel settembre del 1941 e se una gran parte di internati verranno allora trasferiti in altri campi, alcuni tra loro verranno giudicati sufficientemente inoffensivi da essere resi alla vita civile). Rifugiati che Serge e suo fratello Aldo potevano certamente ospitare in quanto entrambi, nel periodo in questione, abitavano la campagna del Vallon.

 

Terza e ultima supposizione, ci troviamo qui di fronte alla seconda ondata migratoria iberica. Quella che avvenne poco dopo la Liberazione della Francia (anni 46/47 e seguenti che troverebbe quindi una sua coerenza con la datazione del quadro) periodo nel corso del quale, la nostra convalescente repubblica accoglieva – e questa volta ben volentieri – utilissima manodopera per la ricostruzione post-bellica.

 

(Fu consuetudine qualificare questa seconda migrazione come economica. Tutte quelle persone fuggivano senza dubbio la miseria … ma anche – e soprattutto – la dittatura. Dittatura feroce che per molto tempo ancora perseguiterà, arresterà, torturerà e passerà alla garrota quelli tra i suoi figli che, molti anni fa, le avevano opposto resistenza. In ciò il motivo per cui quei nuovi esiliati furono, ancora per diverso tempo, chiamati rifugiati)

 

Ma in quest’ultima ipotesi la presenza degli uomini sarebbe stata centrale. Ora, in questo quadro, sono donne e fanciulli quelli che abbiamo di fronte. Così l’uomo (giovane) in piedi, più che un adulto (che nel caso sarebbe già padre di una famiglia numerosa) mi sembra essere piuttosto un fratello maggiore (del resto è più piccolo della donna al suo fianco) … e ciò mi pare andare nel senso della seconda congettura, quella delle famiglie liberate dai campi … ma senza uomini* (quelli che allora, con senso di diffidenza, venivano chiamati: i rossi!)

 

Comunque sia, se non è il partito dei vinti che irreggimenta apertamente il pittore … non più di quanto La mort du camarade significherà aver partecipato alla resistenza armata (Simone Jouglas segnala tuttavia tra i neri e i bruni di questa Halte la vivacità di un foulard color papavero … e lì risiede la scelta del nostro pittore che resta il genuino signore della sua tavolozza … e riproduce senza nulla cambiare il rosso che ha sotto agli occhi … quand’anche non lo immagini) se dunque non è il partito è, perlomeno, il suo prender partito al loro fianco che questa tela vuole chiaramente esprimere.

 

Mi corre qui il pensiero ai fratelli Le Nain e ad alcuni loro quadri il cui soggetto non è la povertà dei contadini - dei quali non ci viene nascosta la condizione - ma la loro inalterabile dignità. Il prendere partito di un uomo (mi manca la forza di scrivere umanità che è veramente una grande parola, a volte incompresa) che ci da quindi a vedere - ma senza il purché minimo voyeurismo. Quelle donne e quei fanciulli non mi sono estranei, sono un’altra faccia di me stesso … avrebbe potuto dire un Le Nain. Allo stesso modo Serge Fiorio.

 

Così La mort du camarade non lascia aleggiare il minimo dubbio sulla fraternità che vediamo espressa al riguardo dei partigiani … anche se, pacifisti, i fratelli Fiorio non fecero la scelta delle armi. Per questo motivo e per l’identico sentimento espresso i due quadri possono dirsi fratelli nell’anima. Entrambi, in una stessa epoca tragica, segnano peraltro un’irruzione della Storia nella pittura di Serge, intrusione che si rivela di notevole eccezione all’interno della sua opera. In questi ritratti sono testimoniate le vittime del potere totalitario, coloro che hanno scelto di resistervi. In essi ci si presenta un gruppo che si stringe, solidale, silenzioso, pieno di dignità.

 

Nel quadro dei compagni possiamo notare la donna che ci guarda dritto negli occhi. La sua presenza tra gli uomini (rappresentati senza armi ma dei quali si può benissimo indovinarli, in altro frangente, combattenti) è dovuta senz’altro alla morte di colui che ama. È del resto a lei che è dato sostenerne un’ultima volta la testa nella sua mano.

 

Analoga dignità e medesima forza (nate da un’altra disperazione, da un’altra perdita definitiva) è quella espressa dalle donne rifugiate. E che i loro fanciulli  dal volto immutabile sostengono con altrettanta fermezza.

 

Entrambi i quadri furono stesi sulla tela anni dopo il dramma come se, a sua volta, questo pittore che amava tanto sognare, avesse voluto liberarsi – in essi e con essi – di alcune oscure nubi …

 

Facendo con ciò testimonianza sociale.

 

*   *   *

 

Un ultimo punto di vista su questa Tappa. Ma per far ciò lasciamo i personaggi per rivolgerci al paesaggio visibile dalle due finestre che si aprono alle loro spalle, rispettivamente a destra e a sinistra.

 

Può trattarsi di una mera illusione, il cliché è vago, ma nell’apertura a sinistra (quella del passato?) tra le colline mi sembra di distinguere (Simone Jouglas evoca un castello misterioso) dei possibili ruderi (al di là dei Pirenei, quelli di una Spagna devastata?). A destra invece (allegoria di una futura vita davanti a sé ?) un villaggio a posto.

 

All’orizzonte la speranza, nonostante tutto (era questa una massima cara a quelli del Contadour) ci direbbe alla sua maniera il pittore nel momento preciso - 1946/47 - dove lui stesso, al centro di una consimile famiglia d’esiliati saldamente uniti tra loro, metterà radici a Montjustin.

 

Francia, terra di accoglienza

 

G.A.

 

Maggio 2014

 

 * Quanto a questi uomini, nelle ore della disfatta francese, le autorità militari proporranno loro di  rimpolpare la legione straniera … in cambio ( ) della loro uscita dai campi (un altro gran numero, approfittando del caos circostante, divenne uccel di bosco al fine di raggiungere i partigiani coi quali costituirono rapidamente i primi embrioni operativi). Passati dalle guarnigioni francesi dell’Africa del Nord, alcuni di questi strani legionari (per le loro convinzioni poco tagliati all’ordine militare … ma decisamente antifascisti) furono richiesti dal novembre 1942 (data dello sbarco sulle coste africane) per integrare la Division Leclerc. Fu così che gli anarchici de La Nueve(2) (in uniforme francese!) coi loro carri armati dai nomi significativi Madrid, Teruel, Ebro, Brunete ... e Guernica ! (Don Quijote anche !) furono i primi a penetrare in Parigi la sera del 24 agosto 1944.

 

Ma è già (praticamente) un’altra storia

 

Per il lettore italiano aggiungiamo queste note che crediamo di una qualche utilità:

 

(1): Ci si riferisce all’esodo che avvenne dal nord della Francia con l’invasione tedesca del 1940. Così fa sapere Gérard Allibert per i lettori italiani: «“L’ESODO” (parola rimasta nel vocabolario storico francese) di massa franco-francese da me evocato è effettivamente quello che (pochissimo tempo dopo) spinge sulle strade centinaia di migliaia di francesi (per la stragrande maggioranza) durante l’invasione della Francia nel maggio-giugno 1940 da parte dell’esercito nazista » .

 

 

 

 “All’inizio dell’invasione tedesca, in Belgio come in Francia, spinti dalle autorità locali, gli abitanti di città e paesi fuggono verso un’improbabile riparo verso il Sud.

 

In pochi giorni, da otto a dieci milioni di Belgi e di Francesi, si ritrovano sulle strade, sotto il fuoco degli Stukas, gli aerei tedeschi che calano in picchiata sulle colonne dei rifugiati e le mitragliano facendo risuonare le loro sirene soprannominate «le trombe di Gerico»”.

 

Liberamente tratto da: http://www.herodote.net/10_mai_1940-evenement-19400510.php

 

 

 

Da 8 a 10 milioni di civili (gli “esodanti” secondo il neologismo dello storico Jean-Pierre Azéma nei quali sono da annoverare altre popolazioni limitrofe come belgi, lussemburghesi, olandesi), quasi un quarto della popolazione francese dell’epoca, si esilia in modo massiccio, talvolta senza meta, frammista alle colonne di soldati in ritirata. Sotto l’effetto del terrore provocato dalle truppe tedesche la fuga fu un fenomeno di massa che colpì integralmente la popolazione del nord del paese.

 

L’esodo implica un numero significativo di famiglie disperse. Tutti i bambini perdutisi non ritroveranno i loro genitori e con la fine della disfatta/esodo francese si dovranno organizzare luoghi per l’accoglienza degli orfani e dei bambini senza più famiglia. Per diversi mesi i giornali riempiranno le loro pagine di annunci di quelle famiglie che erano alla ricerca di congiunti o dei loro figlioli. La Croce Rossa francese stima a 90.000 il numerosi dei bambini dispersi.

 

Liberamente tratto da: http://www.quickiwiki.com/fr/Exode_de_1940_en_France

 

 

 

(2): La scelta posta agli spagnoli fu d’integrare la ‘Division Leclerc’ oppure le forze del generale Henri Honoré Giraud, che si era da poco unito alle forze libere francesi (FFL). La ‘Division Leclerc’ era stata costituita a partire dal maggio 1943 sotto il nome di 2a divisione francese libera poi in agosto, dopo la fusione delle FFL e dell’Armata d’Africa, sotto il suo nome definitivo di 2a divisione blindata sotto il comando del generale Leclerc (Philippe François Marie de Hauteclocque dit Leclerc). La maggior parte degli spagnoli si unirono alle unità di Leclerc che contavano, agli inizi del 1943,  16.000 uomini di cui 2.000 spagnoli particolarmente numerosi nella 9a compagnia e ciò le valse il nome di La Nueve o La Española. La maggior parte erano socialisti, comunisti, anarchici, fuoriusciti ostili a Franco e disertori dei campi di concentramento per rifugiati spagnoli. Benché soldati dell’esercito francese a tutti gli effetti, fu permesso loro di esibire sulle uniformi la bandiera tricolore repubblicana. La Nueve era posta sotto il comando del capitano francese Raymond Dronne con l’ausilio del tenente (già soldato repubblicano) Amado Granell Mesado insignito della Légion d’honneur dallo stesso Leclerc nonché primo soldato ad essere ricevuto, il giorno della Liberazione, all’Hotel de Ville di Parigi da Georges Bidault, presidente del Consiglio nazionale della Resistenza.

 

Liberamente tratto da: http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nueve

 

 

 

Troviamo per esempio un riferimento alla presenza di spagnoli durante la liberazione di Parigi nel racconto di Marguerite Duras Ter le milicien contenuto in La Douleur (P.O.L., 1985): « Quando non si azzuffano, gli Spagnoli ingrassano le armi che hanno ricuperato in giro; sanno dove trovarne, restano fuori tutta la notte, dormono pochissimo e parlano, parlano continuamente del gran casino che scoppierà fra poco in Spagna. Credono tutti di partire nei prossimi giorni. ”Adesso tocca a Franco” dice sempre Hernandez. Questo non li fa dormire, la Liberazione di Parigi fa sognare gli Spagnoli. Il problema essenziale, per loro, è fare incetta di armi e raggrupparsi. Ma i socialisti pongono condizioni inaccettabili per i comunisti e quelli della FAI. Questi ultimi vogliono radunarsi con le proprie forze al confine spagnolo. I socialisti vogliono invece organizzare un corpo di spedizione formato a Parigi. Non parlano che di questo tutto il santo giorno. Tutti hanno abbandonato il loro mestiere in vista di questa rimpatriata. » [cfr. Marguerite Duras, Il Dolore, trad. Giovanni Mariotti e Laura Guarino, Feltrinelli, Milano, 1995, p.130]