Dans son billet du 13 juin dernier, Gérard Allibert célébrait avec ferveur Jules Mougin et évoquait leur riche correspondance qui, dix années durant, fut le fil conducteur de leur amitié.

Jules était aussi un ami de Serge, d'encore plus longue date puisque dès son arrivée à Revest-des-Brousses. C'est pourquoi, en 1992, Danièle Galliot et Maurin Gibert eurent la bonne idée de lui demander des textes autographes à insérer dans le Serge Fiorio qu'ils allaient publier à Manosque, à l'enseigne du Poivre d'Âne. En voici un spécimen dans lequel le farouche révolté qu'était Jules devient lyrique et laisse parler librement son cœur en un beau lâcher-prise dont il s'était fait, également, une spécialité : la nuit tombée, un rossignol chante dans les ronces !

Page de Jules Mougin

S'il écrivait et dessinait habituellement beaucoup sur le papier à l'encre de Chine, distribuant ses lettres inimitables au quatre coins du monde, Jules Mougin écrivait aussi sur les parois des troglodytes qui se trouvaient tout près de sa maison de Chemellier ; il gravait alors dans la roche tendre des mots qui lui étaient chers, des noms, des phrases qui lui tenaient à cœur.

Déjà dans les années cinquante, au cours de sa tournée de facteur rural à Revest-des-Brousses, il lui arrivait de descendre de son vélo pour inscrire sous le dessous d'une pierre plate la pensée ou la phrase qui venait de lui venir en cours de route, la sacoche de courrier en bandoulière, en pédalant. Il l'écrivait sur la face cachée, brunie au contact de la terre, avec un bout de branchette pour instrument et remettait ensuite vite la pierre en place « pour ne pas déranger trop longtemps les fourmis ! » Combien de ces inscriptions spontanées sont ainsi restées secrètes, inconnues de nous tous ? inconnues à jamais !

« Je confiais ça à la terre : un secret entre elle et moi ! »

Dans ses troglodytes, elle bien lisible, une pensée de Serge ! 

Troglodytes

Texte Fiorio -Troglodyte Mougin

le mur de Jules

Photos G A

Un cœur d'or torturé par sa révolte contre les inégalités et les injustices. Très théâtral dans sa façon d'être. Utilisant en outre les mots comme des aiguilles, des seringues, des marteaux, des outils plus précis aussi, tout ce que l'on veut, sauf les armes et les somnifères ! composant également des choses d'une grande fraîcheur : fraîcheur première venant comme du tout premier matin du monde.  Un grand besoin de s'exprimer, extrême et très direct ; aussi bien en paroles, que par lettres ou par le dessin, principalement ; mais tout pouvait lui être bon. Dans tous les cas, Jules n'y allait pas par quatre chemins !

 

Quelques liens :

Notre amie Michèle Ducheny consacre deux pages à Jules Mougin dans son Giono et les peintres. Elle l'évoque aussi dans la notice sur Louis Trabuc.

Une Haute-Provence de 1957.

Jules Mougin. Le billet de Gérard Allibert.

Pages d'écriture par Jules Mougin.

Dans les troglodytes de Jules et Jeanne Mougin.

Brochettes des jours de fête.

Jules Mougin.

Une dédicace du facteur-poète Jules Mougin.

Une page de Jules, présentée par Gérard Allibert.