Neige à nous

Photo Leumice-Thérieu.

« Ah  ! une Neige de Serge, c'est tout un poème ! » C'est souvent comme ça que j'en entends parler.

Au moment où je compose ce billet — le 16 mai — je ne sais le temps qu'il fait aujourd'hui que vous en prenez connaissance. J'espère un bon trente degrés à l'ombre, pour vous en faire d'autant plus apprécier le contenu.

Il en était de même pour le peintre qui, coutumier de la chose, ne manquait pas de « couper l'été » par la réalisation de quelques Neiges très pures dont il avait le secret : « L'été, l'œil lui aussi a besoin de se désaltérer ! »

Celle-ci, Serge l'a peinte après que deux véritables miracles se soient produits le même jour dans sa vie : parti le soir, armé d'une lampe électrique, cueillir un bouquet du thym pour sa daube du lendemain, il chuta du haut d'un mur d'au moins quatre mètres sur une lame de rocher. Chute sans fractures ni autres dégâts corporels ! sauf qu'il perdit complètement connaissance. Ce sont — là est le second miracle — des enfants jouant encore dans les parages à cette heure déjà tardive qui entendirent gémir et s'approchèrent : « Nom de Dieu ! c'est Serge ! » et ils donnèrent aussitôt l'alerte.

Quelques jours d'hôpital suffirent à le remettre in gambe et ce qu'il fit à son retour, en premier lieu, fut de peindre cette Neige pour, avait-il dit, « me remettre  quand même un peu les pendules à l'heure après cette cabriole ! »

En proue devant le vaste du paysage, le village pourrait être celui d'un primitif italien. Il en est le parent proche à travers des siècles de peinture. Toujours la calme emprise de la géométrie par laquelle le peintre délimite les parcelles, les cadastre, et leur donnent ainsi toute leur vraisemblance qui, ici, ajoute encore à la pureté et à l'infini du ciel.

Et puis : « Silence : il fait silence, comme il fait soleil, comme il fait nuit » écrit très justement Claude-Henri Rocquet à propos des Neiges dans Rêver avec Serge Fiorio.