C'est en 1970 que Pierre Martel signale à Serge la présence d'une bergère qui peint à Revest-des-Brousses, au hameau du Gubian. Plus de dix ans auparavant, dès ses premiers essais de mise en œuvre, le facteur-poète Jules Mougin l'avait, le premier, déjà encouragée à poursuivre. Le voisinage du peintre Jean-Claude Sardou fut également déterminant pour la suite de son aventure.

Castain IIAimée pendant la garde du troupeau et en bas en compagnie de Paul, son mari.  Photos Pierre Gallocher.

Curieux de ce qu'elle faisait après ce que lui en avait dit Pierre, Serge se rendit au Gubian pour faire sa connaissance et visiter son atelier rudimentaire. L'amitié naquit spontanément entre eux et c'est un Serge admiratif du travail de sa voisine qui, enthousiaste, ramena aussitôt des Castain chez lui pour les présenter — avec un succès immédiat — dans son propre cercle d'amateurs.

 

En 1971, Pierre Martel organise à la MJC de Manosque une exposition Castain dans le cadre de l'Année départementale de la nature. Après quoi, le Musée Henri Rousseau lui achète Le Revest-des-Brousses en automne et La Communion. Un peu plus tard, elle offrira Aurel au Musée Anatole Jakovsky de Nice qui ouvre en 1982.

Serge fut touché autant par la peinture elle-même d'Aimée que par son existence de paysanne et de bergère qui en était la solide assise : un chemin de vie qu'il sentait proche du sien, de même nature, avec aussi des airs de famille. Pour preuve, en 1979, il lui écrit un texte de présentation pour son exposition de Roussillon dans le Vaucluse, chez Gertrude Seydelmann, dont le contenu résume bien son sentiment :

Invitation Castain

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Je retrouve pour ma part dans mes archives un petit texte qui date de plus de trente ans peut-être et que j'avais alors intitulé : Aimée Castain, les Riches Heures d'une bergère.

En la plupart de ses moments, l'art d'Aimée Castain est un pur joyau du naïf ; il ne laisse rien perdre de ce qu'elle a vu, senti et vécu, et nous le fait heureusement partager. Nous croquons son pain de Saumane et buvons son vin des Bourbons en des toiles solides et saines pour nos esprits malades de trop vaines fringales.

Avec cette peinture d'une du pays, c'est une âme paisible et bleue comme son ciel ou ses champs de lavande en fleur qui contemple et raconte la vie ordinaire de cette contrée bénie des dieux pour ceux qui, comme elle, savent l'apprécier en ses suprêmes raffinements de couleurs et d'espace, en ses multiples subtilités.

Si Aimée habite et a habité, certes, un pays de soleil, il faut croire qu'il l'illumine au profond de son être, de son cœur, puisqu'au lieu de prendre communément la retraite Aimée a éprouvé le besoin de rendre à la terre l'amour qu'elle lui a donné. Elle a donc pris courageusement les pinceaux pour le formidable pari de la peinture à l'huile et en sort déjà, après quelques années seulement d'un dur combat sur plusieurs fronts (celui de l'huile elle-même, mais aussi celui du temps libre pour peindre, celui des mentalités enfin), victorieuse.

CastainA voir ses toiles, on croit entendre les tendres comptines de l'enfance comme celle qui chantonne : « Une poule sur un mur qui picote du pain dur...» Les tableaux d'Aimée donnent la main, comme à la ronde, aux dessins et peintures d'enfants, cela malgré le temps d'une vie qui les sépare. On retrouve en chacun d'eux les mêmes heureuses maladresses, le même humour, la même tendresse, le même saut par-dessus les barrières des académismes, de la mode et des mouvements, pour atteindre au cœur de chacun sur un chemin plein d'étonnantes surprises qui en font aussi le charme.

La vision qu'a Aimée du monde est proche de celle des enfants. D'ailleurs, n'ont-ils pas peint ensemble ? Et il faut voir avec quel bonheur grand-mère et petits-enfants ont su admirablement accorder leurs pinceaux et leurs imaginations.

Bref, une étoile de plus et non des moindres, vient d'éclore au ciel de Haute-Provence !

En 2001, à l'occasion d'une exposition Castain au Conservatoire ethnologique de Salagon, à Mane dans le 04, Danielle Musset, Claude Martel et Sylvie Grange lui consacrent le numéro 137 de la revue Alpes de Lumière.

Castain revue Alpes de LumièreAprès quoi, Aimée s'arrête de peindre, préférant mystérieusement « retourner couper des buissons. » 

Tableau Castain Procession

  La procession à Notre-Dame des Anges. 1978.

Nous reviendrons forcément encore, de temps en temps, sur cette vie et sur cet œuvre dont Serge a été curieux et auxquels il est resté très attentif pendant près de quarante ans !

Tableau Castain