On pourrait être tenté de faire coïncider les différents paliers d'évolution de l'œuvre avec — comme ce fut vraiment le cas pour Van Gogh — les différents déménagements du peintre, en dehors bien sûr de ceux qui, nombreux, eurent lieu au cours de son enfance.

Mais la réalité me semble plus complexe. La différence de démarche entre les deux artistes étant que Serge ne changea jamais vraiment volontairement de lieu d'existence ; il ne le fit que poussé par une nécessité, obéissant aux obligations familiales, et non par la quête délibérée de nouveaux horizons dans l'espoir d'acquérir d'autres impressions ou connaissances. Il ne déménagea que porté par le courant de la vie, s'y accordant ou le subissant de bon coeur ; jusqu'à ce que celui-ci débouche avec bonheur sur un paradis longtemps rêvé, devenant, en 47, réalité en Haute-Provence. Il y a une synchronicité et une dynamique évidentes entre les progrès du peintre, ses acquis, et ses différents lieux de résidences qui, pour les principaux, ne sont pas cependant, au fond, si nombreux : Taninges, Le Vallon, Montjustin. 

On peut même distinguer d'autres étapes — et majeures ! — dans la période de Taninges, dans celle du Vallon, tout autant que dans celle de Montjustin.

Quand, par exemple, Serge quitte le presbytère haut perché de Montjustin pour s'installer, en 54, dans sa maison définitive dans le bas du village, il continue d'y peindre à son rythme alors chaotique dans des conditions encore bien héroïques à de nombreux égards. Ce n'est qu'à partir de 1959 — année où son frère Aldo termine l'aménagement de son merveilleux atelier — qu'il cueillera les fruits de toutes ces années précédentes de lutte âpre, que son art montera tout d'un coup de lui-même brutalement en force et en puissance, se développant alors de façon très impressionnante par rapport au rythme et à l'ampleur jusque-là habituelle de son travail. Pour preuve, de grandes expositions auront lieu à partir de ce moment-là un peu partout en Europe, et notamment en  Allemagne.

 

Photo expo Allemagne

Salle d'une des expositions Fiorio en Allemagne. Le cliché est de la photographe Léonore Mau, compagne du jeune écrivain Hubert Fichte qui fut le maître d'œuvre de l'exposition itinérante en ce pays. L'exposition était réalimentée à mesure des ventes qui, à chaque étape, furent très très nombreuses. On distingue en particulier, tout de suite à droite, la grande toile Le Printemps, et au fond en face, Les Ouvriers au repos chantants qui, lui, fut prêté pour la circonstance.

Ses déplacements géographiques l'entraînèrent évidemment chaque fois à évoluer dans son art, à peindre aussi d'autres choses ; ce qui le poussa, à l'exemple de Van Gogh, à intégrer — rien de plus logique — des moyens nouveaux, plus efficaces, qui, en retour, enrichirent à la fois son métier et son œuvre.

Tout comme Vincent, Serge transforma peu à peu, en cours de route, ses maladresses en atouts, les intégrant parfaitement à son monde pictural pour — au lieu qu'elles restent des incapacités, des failles, ou même des écueils — l'en façonner, en faire au contraire des richesses internes bien caractéristiques, originales.

Son œuvre reste, par contre, bien circonscrit dans l'imagerie rurale, campagnarde, sans jamais, comme celui de Van Gogh, s'attacher à des motifs urbains. Cela se comprend sans doute par le fait que le cours de sa vie ne passa jamais par la fréquentation de la ville qui, du coup — la vie et l'œuvre se donnant sans cesse la main, allant de pair — ne pu jamais s'immiscer d'aucune façon dans sa peinture. Nous en avons aussi la plus claire et la plus profonde des explications de la bouche même du peintre : « Si l'on me demandait ce qui a le plus compté pour moi dans ma vie, je répondrais : me sentir près de la terre ! »

 

Gérard Allibert nous parle aujourd'hui d'une artiste singulière exposant très bientôt à Forcalquier.

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=317:forcalquier-centre-boris-bojnev-lunivers-singulier-de-katia-botkine-texte-de-gerard-allibert&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6