Désolé, le scan étant de mauvaise qualité, l'image reste sans espoir de pouvoir être améliorée, il faudra, hélas, nous en contenter en attendant que je fasse une photo numérique de l'œuvre.

   Il ne s'agit plus du tout du même Serge, dirait-on ! (voir le billet d'hier). Le peintre s'idéalise ici par le moyen d'un trait stylisé qui le fait ressembler à l'un de ces habituels purs et innocents bergers. Plus de barbe en collier, ni de moustache ; envolés ! Ne reste que la chevelure en casque d'un guerrier spirituel.

Le personnage semble sûr de son chemin qu'il considère peut-être prémonitoirement, en voyant, droit dans les yeux ; et il y a du fantastique — discret quand même, j'en conviens — dans cette tête qui se détache, toute entière presque, sur l'immensité du ciel.

Deuxième Autoportrait de Serge

 

Ce portrait n'est-il pas de la même veine de conception de celui que Serge réalisa en 1943 de sa cousine Inès auquel le billet du 16 avril sera entièrement consacré ?

Inès Fiorio

Pour revenir à l'Autoportrait : aucune ombre, nulle part, comme il est de stricte tradition, immémoriale, dans l'art de l'icône dont cette œuvre se rapproche et dont la lumière, zénithale donc, n'est autre que celle du monde spirituel.

Le paysage est des plus doux et des plus équilibrés, quoique comme un essai, sans grand caractère, pareil à celui qui, dans le Tarn-et-Garonne — mais ici rehaussé de bosses — entoure la ferme du Vallon où les Fiorio traversent tous ensemble la guerre et que Serge, dans ses nombreuses lettres à ses amis Paul et Yvonne Geniet qualifie lui-même de "sans attrait". La chemise blanche est la cousine de celle dont le peintre revêt le héros de la Résistance dans sa moderne Pietà de cette époque héroïque : La Mort du Camarade. Ce sont là des indices qui permettent de peut-être pouvoir situé approximativement ce tableau — petit format peint sur isorel, sans date ni signature — entre 1942 et 1945. 

L'examen de la surface à lumière rasante avec des lunettes d'horloger révèle que toute la tête a été piquée sur une photographie du modèle dont on arrive encore à distinguer le rectangle dans lequel celle du tableau est bien et tout à fait cadrée. Cela, je ne sais par quelle astucieuse technique.

Concu très simplement avec un minimum de moyens et des moyens eux-mêmes minimum, cet Autoportrait n'en est pas moins expressif d'un état d'esprit et même plus, pouvons nous dire, d'un certain état d'âme.

 

 Autre chose :

Lien pour une récente émission de Radio libertaire dans laquelle Alain Paire et Bernard Baissat évoquent, entre autres, artistes et peintures. Dont Serge, au tout début.

 http://media.radio-libertaire.org/backup/12/jeudi/jeudi_1800/jeudi_1800.mp3