Qui est-il ce farouche personnage dès l'abord plein de forces et d'une grande détermination ? Il fait aussitôt penser à un Christ en puissance dont la Croix — ici plus protectrice que tragique parce que toute fine et plus bleue que le ciel lui-même sur lequel elle s'incrit — monte de derrière lui et dépasse, redoublée, de son épaule gauche. 

Autoportrait Serge

Au-dehors : la vie y est représentée floue vue à travers les carreaux de la fenêtre car il s'agit ici, cela est clair comme de l'eau de roche, d'un portrait — au-delà la forte ressemblance — avant tout intérieur. Aussi, pas d'objets familiers, pas de meubles, pas de vêtements ni d'extravagances, non plus, de couleurs. Pour une fois dans sa peinture — la première ! il y en aura une autre encore, pas loin de là — Serge se tourne directement vers lui-même, scrute, devine et peint, de tout près, son propre visage ; cherchant à en décrypter le sens en fin physiognomoniste. Pour cela, il s'y confronte courageusement en un face à face sans masque ni concessions. Il s'interroge du regard jusqu'au profond de l'âme pendant qu'au bout de ses doigts, invisibles, ses pinceaux travaillent à en traduire l'essence.

-Serge.18-4-33- en est la discrète signature en fin et léger tatouage sur le devant de l'épaule : œuvre intime donc. L'homme de vingt-deux ans y fait le point sur lui-même, seul à seul, au moyen de ses qualités de peintre. Mais c'est avant tout en homme qu'il se représente, pas en artiste peintre : aucun chevalet à proximité, ni pinceaux, ni tubes, ni palette. De plus, se représentant en buste, torse nu, il n'est pas, non plus, dans l'attitude de celui qui peint son portrait. Il n'y aucune mise en scène, d'aucune sorte.

La rapidité d'exécution de cette gouache paraît évidente par sa facture sans gommage ni repentirs, unie, directe. Ce qui ajoute encore, spontanément donc, sans aucun calcul, à la sincérité voulue d'une œuvre en marge dans laquelle Serge n'appartient résolument qu'à lui-même.

Pour mémoire : les pages 102 et 103 de mon Pour saluer Fiorio sont toutes deux entièrement consacrées à ce Portrait qui y est aussi reproduit en hors-texte. 

PS : Je me souviens que faisant, comme à son habitude et à son grand plaisir aussi, des falsifications, distorsions, amputations, inversions, de proverbes ou de sentences, je l'entendis cette fois déformer sans vergogne la fameuse inscription du fronton du Temple de Delphes, cela donnait : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras les deux.»

Il me paraît assez curieux que ce soit devant son Autoportrait que de ma mémoire remonte soudain cette citation.

 

 Traduction de notre ami Agostino Forte.

Primo Autoritratto

Chi è questo rude personaggio fin da subito così pieno di forze e di grande determinazione? Fa pensare immediatamente a un potenziale Cristo di cui la Croce – qui più protettrice che tragica perché più piccola e più blu del cielo stesso sul quale si trova inscritta – gli monta da dietro e lo sopravanza, raddoppiata, dalla spalla sinistra.

Fuori, oltre l’inferriata della finestra, la vista sul mondo vi è rappresentata con modalità sfocata. Perché qui si tratta innanzitutto, in modo inequivocabile e aldilà della forte rassomiglianza, di un ritratto interiore. Non vi sono oggetti familiari né mobili o abiti, men che meno stravaganze di colore. Per una volta, nella sua pittura (la prima!, a cui ne seguirà un’altra non molto tempo dopo) Serge si volge direttamente verso sé stesso, scruta, penetra, dipinge da vicino il proprio volto, cercando di decriptarne il senso da fine fisionomista. Per questo vi si confronta coraggiosamente in un faccia a faccia senza maschera né concessioni; s’interroga con lo sguardo fino al profondo dell’anima mentre sulla punta delle dita, invisibili, i pennelli si prodigano a tradurne l’essenza.

- Serge.18-4-33 - : come un sottile e leggero tatuaggio, è la firma discreta che appare sotto la clavicola. Opera intima quindi. L’uomo di ventidue anni fa il punto su sé stesso, a tu per tu, mediante le sue qualità di pittore. Ma è prima di tutto come uomo che si rende, non come pittore: nessun cavalletto nelle vicinanze, niente pennelli, tubetti o tavolozza. Inoltre, rappresentandosi a mezzo busto e torso nudo, non si pone affatto nell’attitudine di colui che dipinge il proprio ritratto. Non c’è nessuna sorta di messinscena.

La rapidità di esecuzione di questa tempera si rende evidente per la sua fattura senza cancellature né riprese, uniforme e franca, andando dunque ad aggiungersi spontaneamente, fuori da ogni calcolo, alla sincerità rivendicata di un’opera ai margini,  nella quale Serge non appartiene ad altri che a sé stesso.

A nota: le pp.102-103 del mio  Pour saluer Fiorio sono interamente dedicate a questo Ritratto che è stato anche riprodotto come tavola fuori testo

P.S.: era costume di Serge, e anche suo gran divertimento, attuare falsificazioni, distorsioni, amputazioni, inversioni di proverbi o massime. Mi ricordo che ebbi una volta l’occasione di ascoltarlo alterare spudoratamente la famosa iscrizione sul frontone del Tempio di Delfi che, sulle sue labbra, divenne: Conosci te stesso e conoscerai i due.

È per me degno di nota che questo aneddoto mi sia subitamente ritornato alla mente davanti a questo suo Autoritratto.