Serge n'a jamais pensé, pendant longtemps, qu'il pourrait un jour vivre de sa peinture. D'autant qu'au départ — comme c'est couramment le cas, pour pas mal d'artistes — la qualité de ses premiers dessins et coloriages tout juste adolescents n'avait rien de vraiment exceptionnel. Par contre, son enthousiasme et sa ferveur à vouloir concevoir dépassaient, à cet âge, très largement les bornes qui, la plupart du temps, limitent les possibilités du commun des mortels.

Habité par la flamme de sa passion, il traçait simplement son chemin, un pas devant l'autre, en autodidacte authentique.

Ne voulant pas tellement se faire connaître au travers de son travail — timidité ? réserve ? fausse modestie ? — il ne rendra définitivement les armes que très tard, à trente-neuf ans, au printemps 1950, devant son ami Paul Geniet qui depuis longtemps le tanne pour qu'il expose plus régulièrement qu'il ne le fait ici ou là, et lui suggère aussi de se rapprocher de marchands. En attendant, il participera avec un succès sans cesse grandissant à des expositions de groupe dans de nombreux villages de la région, n'ayant pas encore assez de toiles disponibles pour exposition particulière. 

Dès le départ de son aventure, sa famille, très ouverte d'esprit, lui fut favorable. On n'y entendit jamais un seul reproche proféré en son sein contre le futur artiste que ses proches ne pouvaient encore qu'à peine deviner. Lui-même n'y pensait pas, je l'ai dit, dessinant et coloriant par pur plaisir personnel, sans aucun souci d'apprendre autre que par lui-même, ni, non plus, bien sûr, d'avoir un public.

Effectivement, quelques années plus tard, autour de 1929 : "Les premiers vrais tableaux que je vis, ce furent les miens ! " raconte-t-il dans une interview.

Comme allant de soi, à leur rythme, ses progrès furent lents, très lents, mais sûrs et certains ; l'exercice incessant du métier montant, à mesure, de lui-même la barre des difficultés à vaincre. Il fit se faufiler son propre rythme de travail entre mille autres activités quotidiennes, ne se plaignant jamais, et pour cause, de son sort : c'est que sans qu'aucune décision en ce sens fut prise de sa part, se dessina tout seul sous ses yeux, au travers même de son patient travail, que sa vie serait peu à peu le précieux minerai d'où il extrairait avec art, à ciel ouvert, son or intérieur.

Lui qui jusque-là se cassait habituellement la tête en deux devant le choix d'un sujet, désormais tout pouvait l'inspirer, ou presque ! Il lui fallut du temps pour que son art profite à plein de cette toute nouvelle grande liberté totalement intégrée par la suite à son credo d'artiste.

D'autres paliers de création jalonneront la construction de l'œuvre, mais sa direction générale était déjà prise.

 Premier coloriage Serge