Cette toile est l'un des tout derniers tableaux que Serge ait encore peint — fin 2007 ou début 2008 peut-être.

A la fois solide pilier et grand personnage central de cet Intérieur de village sous la neige : l'arbre, quelque peu fantastique, autour duquel toute la composition tourne et s'articule en carroussel. Le ciel est invisible, sinon en abyme au-dessus d'un autre village lointain ceint d'un mur comme celui d'un jardin ou bien d'un cimetière — à la porte duquel apparaît quelqu'un — et aussi sous une arche, encore plus loin, encore plus bas sur l'horizon, alors en plein paysage. Comme par un hasard extraordinaire, il est rouge complètement : le rouge des grands jours, peut-être ?

Par constraste, l'hiératisme puissant des façades, leur aplomb, renforce la souple gesticulation des branches de l'arbre tandis que le village peint en miniature accentue la forte présence de chacune des maisons formant cette petite place que l'on devine aisément être un point de rencontre et d'échanges, un carrefour. Impression de s'y trouver dans un décor de théâtre en enfilade où, sur toute la profondeur de champ, en silence quelque chose se joue.

Dans ce sens, sous des apparences tranquilles et rassurantes, un grand mystère grave se dégage de cette toile à mon avis nostalgique de l'art et de l'acte même de peindre, de la peinture tout simplement. Les couleurs, bien définies et caractérisées, sont ici disposées en cercle autour du blanc-étalon de la neige, rappellant fortement, en miroir, celles déposées par familles — elles, côte-à-côte — sur la palette, arc-en-ciel irisé du peintre-poète qui, par façades interposées, rassemble ici, pourrait-on dire, ses dernières forces pour parvenir à réaliser encore une fois une œuvre.

Cette toile est ainsi un état d'âme peint et décrit en plusieurs facettes aux couleurs fortes, sous un même ciel descendu sur terre, un chant du cygne. Le peintre semble s'être retiré du monde pour limiter son champ d'action mental à un espace intérieur ramassé sur lui-même, bien particulier, qui accapare désormais son esprit avec force, au plus haut point.

La signature est modestement déposée au sol, comme en offrande, entre deux racines.

 

DERNIER tableau