Ce pourrait être ici la page illustrée d'une Flore des bois et des champs comme celle que l'on emporte parfois pour guide à la promenade. Serge était un amoureux des fleurs, de leurs formes, de leurs couleurs, de leur parfum, de leur esprit ; depuis toujours, jusqu'à sa mort. Pour cela, il n'a pas démérité de la réputation de ses grands-parents jardiniers turinois, ni de celle de ses propres parents dont le jardin quotidien — où qu'ils habitent — leur tenait lieu, de paradis terrestre et bien sûr, à ciel ouvert, aussi de garde-manger. Malgré cette forte passion personnelle et cette puissante ascendance en le domaine qu'il avait su lui-même perpétuer, ses Bouquet de fleurs  n'étaient pas ce qui lui réussissait le mieux comme sujet.

C'est que pour faire œuvre sensible, Le bouquet demande une approche soit impressionniste, soit interprétative ; il me semble tout aussi difficile à mener à bien et à réussir qu'un Portrait. Sinon sans âme, il reste résolument et purement décoratif.

Ici le peintre s'essaye et s'amuse à trouver de nouvelles fleurs ; sans doute — pardi ! — pour un prochain Bouquet ; on pourrait en tous cas facilement le croire. Mais non, Serge a constellé ce petit rectangle de carton toilé de modèles pour une décoratrice sur bois de boîtes et d'objets de toutes sortes. Il lui en fit cadeau pour l'aider dans son travail artisanal qu'elle allait ensuite vendre, ici et là, sur les foires et les marchés. Tout cela, donc, bien dans l'esprit de Serge. D'ailleurs, en retour, c'est elle qui redonna vie au décor campagnard de la robe de sa pendule dont les motifs, avec le temps, peu à peu, s'étaient doucement éteints, évanouis.

Je reconnais la carline, la campanule et — bien grainé, mais ici quelque peu égaré parmi toutes ces jeunes filles — l'épi de blé ; toutes les autres fleurs, sans m'être de totales inconnues, je ne saurais les nommer avec certitude pour la bonne raison qu'elles sont très probablement, pour une bonne part, inventées.

Placé en détail sur un meuble dans un Intérieur, le bouquet Fiorio fait toujours merveille, ajoutant sa touche joyeuse tout en aérant la toile. Ce n'est pas toujours le cas quand il en occupe seul, souvent alors avec démesure, tout le ciel : les fleurs y paraissant fausses et sans âme — le tout figurant alors, hélas, comme une sorte de compliment à l'envers malencontreusement adressé à ces pures beautés du jardin ou de la nature.

Fleurs de Serge

 Dans le numéro 20 — avril 1961 — de la revue Alpes de Lumière, Marthe Savon-Peirron rêve, elle, de voir le peintre illustrer un Manuel d'Agriculture élémentaire. Elle écrit : " De belles images peintes par Fiorio pourraient éveiller des vocations et retenir à la terre des petits paysans attirés par la ville, ses distractions magiques, les gains sûrs et réguliers des usines. Les images ont un prodigieux pouvoir de séduction. On ne le sait que trop à l'effet des mauvaises. Alors pourquoi pas à celui des bonnes ?"

 

 

Couvertures ALumière

Pierre Martel sut, dès le début, grâce à son acuité d'esprit habituelle, faire participer Serge à la revue en lui donnant souvent carte blanche pour la couverture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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