Cette gouache, inattendue, est l'une de celles (une bonne dizaine) que Serge se plut à réaliser, illustrant pour son seul plaisir personnel divers passages du roman de Giono qui — en l'année 34 — venait de sortir : Le Chant du monde. 

Illus Chant du monde

 Celle-ci correspond à la scène racontée ici, sur la p(l)age de droite :

Texte chant du mondeAyant en tête le texte et sous les yeux l'image, l'on peut se rendre compte de la claire et fidèle transposition de Serge. Deux pages avant, il était déjà précisé : Antonio arriva à une crique d'eau profonde ; elle luisait entre les branches de cendres d'un bouleau. Il descendit jusqu'au bord. C'était un petit golfe tranquille creusé dans un granit bleuâtre. Antonio se pencha. il lança une petite pierre ; il écouta le son du "glouf". Une chose blême semblait dormir. Un long serpent se déroula au milieu de l'eau à la limite de l'ombre profonde. C'était un congre d'eau douce.

On peut aussi se passer du texte et regarder cette œuvre à part telle qu'en elle-même. La première impression n'en est-elle pas celle d'un instantané retour aux sources des tout premiers matins du monde, aux temps rêvés d'avant la Chute, dans le jardin d'Eden ?

Tout est frais, propre et paisible, sans nœuds, sans masques, transparent même,  comme l'eau de la crique !