Bonsoir André,



La diffusion dans un journal de la création d'un blog entièrement consacré à Serge, voilà une bonne nouvelle ! et aussi une bonne publicité pour y attirer plus de monde. Je suis impatient d'y découvrir des témoignages d'inconnus, des tableaux jamais montrés, mais aussi des réflexions pertinentes et audacieuses. Nous verrons bien, il faut-être patient, la surprise et le plaisir n’en seront que plus grands.

Tes explications du choix des titres de tableaux sont délicieuses ; la poésie, les jeux de mots, l'invention, la transposition, la déformation, l'humour, l'originalité, le hasard, tout est bon prétexte pour Serge à créer un titre. Quand je venais chercher un tableau et que je lui en demandais le nom, il déployait sa carte Michelin des Alpes et, avec la pointe d'un crayon, s'arrêtait net sur un endroit : le tableau était baptisé ! 

Si le nom ne chantait pas à la bonne mesure, il recommençait. Ensuite, il l'inscrivait sur le haut du châssis en appuyant très fort. Aujourd'hui, chaque fois que je retourne un tableau pour le dépoussiérer, l'instant fugitif de cette inscription me réapparaît alors, chargé de son silence rituel ; ce petit geste anodin continue de vivre.

Le beau dessin ! J'ai beaucoup aimé la réponse de Serge à ta question : "Qu'est-ce qui fait qu'une ligne est vivante ou pas ? " Réponse : " Bien peu de chose ! peut-être une heureuse coïncidence entre, et en même temps, l'œil, la main et l'esprit ". Je trouve l'équivalent : "Il parait étrange qu'en fonction de la main qui la pose, une touche de couleur puisse demeurer morte ou diffuser de la vie ". (Serge Juliet, Un grand vivant)

Cette remarque de Serge Juliet m'avait beaucoup frappé dans son livre sur Cézanne ; en réalité, il s'adresse à lui sous forme de lettre, ce qui n'est pas anodin, surtout quand le destinataire n'est plus de ce monde. Il y a tellement de ferveur dans ses lignes, tellement d'admiration et de respect mais aussi d'intimité que la célébrité et l'aura qui plane sur ce peintre depuis plus d'un siècle disparaissent pour laisser place à un homme simple et ordinaire. 

Le texte est remarquable, il semble être écrit à la chandelle, dans un seul souffle contenu, par avance prêt à l'envoi. La phrase qui clôt la lettre est celle-ci : "L'être qui atteint à la grandeur est aussi le plus humble, le plus anonyme. Il ne peut que passer inaperçu."

J'ai trouvé la revue dont tu parles en date du 9 février et j'ai pu scanner la page de couverture que je t'envoie en pièce jointe.

Merci d'avoir publié mon petit texte hier. Il faudrait que ça fasse des émules, mais jusqu'à maintenant, hélas, il n'y a pas foule !

Je t'embrasse.

 

François Mangin-Sintès.