Pour le choix d'un titre, Serge oscillait entre deux genres, principalement. Celui qui donnerait au tableau son nom de baptême, si l'on veut : Haute combe, l'Ouberle, Chanteperdix, La Croupatassière, Roche amère, La Fumeirasse, Sauvan, Le rêve du vigneron, Bissargue, les Aupellières, noms pris dans le répertoire des noms du pays, des fermes ou des lieux sauvages.

Il le notait tout de suite dans le carnet de sa mémoire quand, au passage, l'un d'entre eux lui plaisait ou l'amusait au cours de promenades.

—Toi qui parles provençal, qu'est-ce que ça veut dire exactement ?

Exactement n'existe pas en provençal !

—Ah ! celui-là, comme tête de mule !

Mais nombre de titres dérogent à cette première catégorie, disons sérieuse, et de nombreuses toiles se trouvent affublées de titres désopilants ou farfelus, malicieux et un peu moqueurs en regard des premiers et de ceux d'autres peintres qui font parfois porter à leurs toiles des titres surdimensionnés sobrement prétentieux ou alors, à l'inverse, à rallonge, de peur que le public ne comprenne pas. 

—Courgourdine ? Gratouillette ou Cabucelle ? aide-moi !

Courgourdine me plaît bien pour celui-là. 

— Je garde les deux autres en réserve alors !

Et faï tira Marius !