Voilà, pour ceux qui ne s'en souviennent pas — est-ce possible ! —  une image de la légendaire trapadelle des Raisins de la colère dont je vous ai parlé. C'est Gérard Allibert qui me la fournit amicalement. Elle est bien en bien des points semblable au Tagadère de la tribu Fiorio mettant, chargé de tout son déménagement, depuis Taninges, le cap sur Montjustin au printemps 1948.

Le soir, en arrivant " à la capitale ", à l'entrée du village, dans les phares, en même temps que les derniers habitants, — les Roure, Césarie Nègre, déjà veuve de Justin, plus le dernier arrivé : Lucien Jacques ! —  ce sont les amandiers en fleurs qui, à grands coups de clairon, les accueillent ! 

Dès qu'une photo de ce dernier véhicule — devant, par la suite, leur servir de tracteur agricole ! — me tombe sous la main... Mais Tagadère et son énorme chargement étaient beaucoup imposant encore, plus chargé en hauteur en tous cas, puisque la femme d'Aldo, Jeannine, qui était montée " in cima " disait avoir du assez vite regagner la cabine car ça tanguait fort là-haut, comme sur un bateau, et cela lui donnait le vertige.

Tellement que pour s'assurer d'une bonne suite à leur voyage, ils durent s'arrêter en cours de route dans une gare — je ne sais plus laquelle, mais encore assez haut dans les Alpes — pour y remplir un wagon en direction de Manosque.

Par-delà le pittoresque du périple, l'on devine la solidarité active, l'enthousiasme régnant, le courage ambiant, l'espoir et l'émotion aussi, comme étant autant de richesses entre tous et par tous partagées.

Un chapitre nouveau s'ouvrait alors dans la vie de chacun d'entre eux ; qui ne se terminera que plus de soixante ans plus tard, après la mort de tous, avec la mort de Serge.