Revu hier soir ce morceau d'anthologie qu'est le film de John Ford d'après Les Raisins de la colère de John Steinbeck. La fameuse guimbarde brinquebalante qui, comme une arche, véhicule la famille Joad vers l'Ouest sur les flots d'une bien triste époque me fait, à chaque fois, irrésistiblement penser au fameux Tagadère qui — "chargé à mort pour une nouvelle vie " (Serge dixit)— transporta, lui, la tribu Fiorio descendant de Taninges en 1947 vers les territoires heureux d'une Haute-Provence en forme de Deep-South, lumineux celui-là, et véritable Terre Promise.

Dans le film, la famille Joad est ballottée sans fin et sans espoir ; les Fiorio eux, partent s'installer à Montjustin pour y " repartir à l'air libre sur de nouvelles bases " : la rude expérience paysanne du Vallon où ils ont passé toute la deuxième guerre, participant, sans armes, à la Résistance, leur a cependant laissé assez d'énergie positive pour rebondir aussitôt après. D'autant que le pays les enchante tous par sa beauté plastique et — pour Serge surtout — sa lumière ! 

Au fond, les deux aventures partent en sens inverse tout en gardant bien des similitudes et — c'est le cas de le dire ! —  un bel air de famille.

Quelques années plus tard et bien enracinés, les Fiorio auront un autre véhicule épique, mémorable — Tagada, tout simplement cette fois ! — sur le plateau duquel ils iront vendre, entre autres, les chrysanthèmes qu'ils cultivent eux-mêmes pour mettre un peu de beurre dans leurs épinards. Cela en tournées fécondes à bien des points de vue, de village en village, à la période de la Toussaint.

Inaugurant des thèmes, intégrant des sujets nouveaux, la peinture de Serge en sera la plus grande bénéficiaire.