C'est au gros de l'été, le plus souvent, que Serge préférait peindre ses fameuses Neiges.

Elles lui étaient un puissant exutoire aux heures de chaleur plombée qu'il supportait mal et à cette lumière sale tombant alors du ciel, recouvrant tout, hélas, comme de la cendre.

Sous son pinceau inspiré se modelait peu à peu la plasticité étonnante d'un paysage nouveau sous son manteau blanc et bleu de neige fraîche ; le ciel, lui — toujours peint en premier lieu — étant parfois d'une pureté extrême, aussi éclatante que celle de la neige.

—Là, cette fois, il en est tombé d'un coup au moins trente centimètres ! plaisantait-il volontiers. C'est vrai, il aimait bien, tout en peignant, se raconter une histoire à propos du sujet en cours, et la partager à mesure si possible ! Effectivement, entrant en scène tout à coup, un cavalier solitaire apparaissait à l'horizon lointain.

D'où vient-il, où va-t-il, celui-là qui se pointe ! s'exclamait-il.

Les choses allaient bon train pour le peintre qui s'en donnait alors visiblement à cœur joie tout en prenant bien soin d'en préserver entièrement, en bon conteur, un certain mystère.

Au dernier moment, parfois, un grand peuplier traversait encore la toile, montant, en Axis mundi, depuis le tout premier plan jusque tout en haut du ciel.

Il signe enfin sa toile, très simplement et, dans le même temps, la pendule sonne tandis qu'il y jette furtivement un coup d'œil par dessus ses lunettes de travail :

 — Ça tombe bien ! c'est l'heure de la minestra ! tout juste !

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